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14 août 2019

Lucie Charest - lcharest@lexismedia.ca

La fierté de nourrir son monde mise à mal par des extrémistes

Des producteurs agricoles accusés de viol de vache et de rapt de veau

Normand Lemieux

©Gracieuseté

Normand Lemieux constate que le discours haineux à l’endroit des producteurs agricoles n’est pas un élément déclencheur dans la détresse que vivent certains, mais qu’il peut devenir un élément qui l’amplifie.

La fierté qu’éprouvent les producteurs agricoles de l’Abitibi-Témiscamingue de nourrir leur monde est mise à mal. Bien que les cas d’intimidation directe soient rares, ce mal sournois propagé par des extrémistes qui se targuent de pratiquer le véganisme, ou végétalisme intégral, les atteindrait de plus en plus.

Exception faite de Mylène Bégin, une productrice agricole très active sur les médias sociaux, les producteurs de la région demeurent à ce jour relativement à l’abri des menaces directes. Mais leurs effets demeurent bien réels.

«Ici, nous avons la chance de vivre dans un milieu où la production agricole fait partie du paysage, a fait observer Normand Lemieux, producteur laitier et président du Syndicat local de l’UPA d’Abitibi. Nous avons vraiment l’impression que le mouvement de dénigrement prend de plus en plus d’ampleur. Il inquiète nos producteurs. Quand la profession que tu exerces est décriée dans les mêmes termes que des actes criminels, ce n’est pas forcément l’élément déclencheur, mais ça vient s’ajouter aux autres facteurs de détresse psychologique que peuvent vivre les producteurs.»

Sur le terrain

Sabrina Audet-Godin est travailleuse de rang au Témiscamingue depuis le mois de mars. Elle a déjà rencontré près d’une quarantaine de producteurs à domicile, dans différentes activités. Lors de ces échanges, elle en profite pour discuter, prendre le pouls de la situation et expliquer son rôle de soutien auprès des producteurs, de leurs familles et de leurs employés. À travers ces rencontres, elle a fait le même constat que M. Lemieux.

«Les producteurs parlent de plus en plus de l’image négative qui est projetée d’eux à travers ces discours, a-t-elle remarqué. Quand je les questionne sur comment ils se sentent dans leur rôle, cela revient de plus en plus souvent que non seulement leur travail n’est pas reconnu à sa juste valeur, mais qu’il est méconnu et même déformé. Cela peut toucher la motivation qu’ils ont à exercer leur travail. Comme tout être humain, les producteurs ressentent le besoin d’être valorisés, d’être reconnus à leur juste valeur.»

Vaches

©Lucie Charest - Le Citoyen Val d'Or - Amos

Les producteurs agricoles sont de plus en plus visés par des discours extrémistes qui discréditent le bien-fondé de leur métier.

«Cela peut toucher la motivation qu’ils ont à exercer leur travail. Comme tout être humain, les producteurs ressentent le besoin d’être valorisés, d’être reconnus à leur juste valeur» - Sabrina Audet-Godin

Viols de vaches et rapts d’enfants

À travers le monde, il existerait plus de 300 associations qui militent contre la consommation de viande et toute forme de nourriture associée au règne animal, selon la psychologue du travail Pierrette Desrosiers, spécialisée dans le secteur agricole. Les plus extrémistes iraient même jusqu’à considérer qu’inséminer une vache s’apparente à un viol et que sevrer son veau pour la traire tient du rapt d’enfants.

«De par mon rôle d’intervenante auprès des producteurs, je m’intéresse à ces différents mouvements depuis plus d’un an, a-t-elle indiqué. Le vandalisme que connaît l’Europe sur la façade des boucheries commence à se produire ici. Des producteurs ont même été visités par 200 manifestants en Colombie-Britannique, en Ontario, à Drummondville par des antispécistes. Ce sont les membres d’un mouvement qui estime que l’espèce animale ne devrait pas être un critère considéré dans la manière dont elle pourrait être traitée. Ce qu’on observe ici, ce sont des publicités diffamatoires, des manifestations, la promotion de nourriture végane pour une tourtière, un Noël sans cruauté, etc.»

Effets pernicieux sur la relève

Mme Desrosiers partage le même avis que M. Lemieux et Mme Audet-Godin: à long terme, ces différentes manifestations et ces discours haineux contre les producteurs contribuent à nourrir une certaine détresse. Elle va cependant plus loin dans sa réflexion.

«Cela peut aller jusqu’à remettre en question l’intérêt des plus jeunes à reprendre les rênes de l’entreprise lorsque le moment sera venu d’assurer une relève, voire à cacher qu’ils sont enfants de producteurs agricoles pour ne pas se faire intimider à l’école», a-t-elle souligné.

Criminaliser l’intimidation par métier

Au printemps, le Comité permanent de l’agriculture et de l’agroalimentaire de la Chambre des communes à Ottawa a demandé au gouvernement d’élaborer des stratégies afin de contrer l’intimidation dont sont victimes les producteurs agricoles.

Cette solution passerait notamment par une campagne de sensibilisation du public. Le Comité a aussi proposé d’inclure dans le Code criminel les formes d’intimidation ou de cyberintimidation ciblant des groupes de personnes en fonction de leur métier ou de leur lieu de résidence.

Le sourd qui ne veut pas entendre

Vaches

©Lucie Charest - Le Citoyen Val d'Or - Amos

Les producteurs de la région n'aon pas subi d'intimidation directe, mais sont affectés par le discours ambiant.

À ce jour, cependant, aucune action concrète n’a encore été entreprise pour contrer cette tendance lourde dans le discours public. Pour le moment, Normand Lemieux invite les membres de son syndicat à ne pas trop réagir sur les médias sociaux, car tel que le dit le vieil adage: il n’y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

«Il ne s’agit pas de convaincre l’autre qu’il a tort, a-t-il précisé. Nous suggérons de mieux faire connaître la production agricole, parler de nos bons coups, démystifier notre métier. Ce sera à la population de décider à travers les informations qu’elle recevra.»

Une question de respect

Cependant, en tant que président d’un syndicat de l’UPA, M. Lemieux s’attend à ce que les producteurs soient respectés, qu’on soit d’accord ou non avec le métier qu’ils exercent.

«Ils ne font rien dans l’illégalité. Ils suivent des règles sévères édictées par le gouvernement, a-t-il rappelé. Si nos membres ne sont pas respectés, c’est à nous de convaincre les élus des différents paliers, de voir à ce qu’ils ne soient pas lésés ou menacés lorsqu’ils ne font simplement que travailler.»

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