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18 août 2020

Patrick Rodrigue - prodrigue@lexismedia.ca

Baisse du nombre d’orignaux dans La Vérendrye

Les Anishnabe réclament à nouveau un moratoire sur la chasse sportive

Orignal

©SÉPAQ

Les résultats du plus récent inventaire réalisé conjointement par le MFFP et les communautés anishinabe démontrent que le cheptel d’orignaux dans la Réserve faunique La Vérendrye a diminué en 2020 par rapport au précédent exercice, réalisé en 2008.

Alors que le plus récent inventaire réalisé par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) montre une baisse du cheptel d’orignaux dans la Réserve faunique La Vérendrye, les Anishinabe réclament à nouveau un moratoire sur la chasse sportive.

Le 18 août, le MFFP a publié le résumé des résultats de l’inventaire aérien réalisé à travers 101 parcelles de 60 km2 chacune, ce qui en fait le plus important exercice du genre réalisé à ce jour sur le territoire de La Vérendrye. Cinq des sept communautés anishinabe impliquées dans le comité technique y ont pris part, du 15 janvier au 21 février 2020. Il s’agissait de Kitcisakik, Lac-Simon, Long Point à Winneway et Kebaowek ainsi que Kitigan Zibi en Outaouais.

Le nombre d’orignaux répertoriés à l’hiver 2020 fait ainsi état de 2074 bêtes. Les échantillons observés lors des survols ont permis au MFFP d’établir que la population était composée de 61 % de femelles adultes, de 26 % de mâles adultes et de 13 % de veaux. Le ratio chez les adultes était de 42 mâles pour 100 femelles, tandis que l’indice de productivité était de 22 veaux par 100 femelles adultes.

Les résultats, qui ont été transmis aux communautés anishinabe, font également état d’une densité de 2,06 orignaux par 10 km2. Tout en n’étant pas jugé critique par le MFFP, ce résultat est inférieur aux 3,2 originaux par 10 km2 estimés lors du précédent inventaire, qui avait été réalisé en 2008. Il faut remonter à 1994 pour avoir un autre inventaire. À ce moment-là, la densité avait été évaluée à 2,8 orignaux par 10 km2. «Il apparaît que cette population d’orignaux subit une pression de chasse légèrement supérieure à sa capacité d’accroissement», a mentionné le MFFP.

Vive contestation chez les Anishinabe

C’est là où le bât blesse, selon le Conseil tribal de la nation algonquine anishinabe qui, dans un communiqué publié le 18 août, a reproché au MFFP d’imputer en bonne partie la baisse de la population d’orignaux à la pression exercée par les activités de chasse de subsistance des communautés anishinabe exercées sur le territoire de La Vérendrye.

«Selon le calcul du MFFP, le cheptel d’orignaux devrait augmenter de 15 % chaque année, ce qui représente un potentiel de 357 orignaux à prélever. En déduisant le nombre d’orignaux abattus par la chasse dite sportive, soit 90 en 2019, le Ministère conclut que la chasse de subsistance représente 267 originaux, un chiffre que les chefs algonquins contestent vivement», a déclaré le Conseil tribal.

L’organisme soutient par ailleurs que l’analyse du MFFP ne tiendrait pas compte d’autres facteurs pourtant considérés comme importants, notamment l’impact des opérations forestières sur l’habitat de l’orignal, le faible taux de reproduction des femelles et une mortalité importante de jeunes veaux durant l’hiver.

Le Conseil tribal refuse ainsi d’endosser les conclusions du Ministère et considère plutôt que le rapport dévoilé le 18 août devrait servir de base à un exercice plus large. En attendant, il réclame à nouveau un moratoire sur la chasse sportive dans la Réserve faunique La Vérendrye, une requête qu’il avait déjà déposée en 2019, mais qui n’avait pas eu de suite.

Pas de moratoire en vue, mais déjà des mesures

Pour sa part, le MFFP a reconnu que la structure de la population d’orignaux dans La Vérendrye est représentative d’un cheptel exploité. «Le nombre de femelles adultes nous permet de croire que la mise en place de modalités de chasse plus restrictives pourrait avoir pour effet d’accroître, à moyen terme, le nombre d’orignaux sur ce territoire», a indiqué le Ministère.

Quant au moratoire, étant donné que la situation n'est pas jugée critique par le MFFP, celui-ci a fait savoir qu'une telle solution n'était pas envisagée. Il a par ailleurs rappelé que par souci de précaution, dans l’attente des résultats de l’inventaire, la Sépaq avait réduit de 30 % pour la saison 2020 l’offre de permis de chasse sportive dans la Réserve faunique La Vérendrye et que le nombre de permis de chasse à l’orignal femelle pour l’automne est passé de 200 en 2019 à 100 en 2020.

«Maintenant que les résultats sont disponibles et qu’ils ont été portés à l’attention des communautés, les mesures à mettre en place tant pour la chasse sportive que la chasse de subsistance feront l’objet de discussions entre les communautés algonquines, le Conseil tribal et les représentants du Ministère», a fait savoir le MFFP.

Arguments basés sur les connaissances scientifiques

Le Ministère a cependant reconnu que l’absence de données sur le nombre d’orignaux prélevés par les communautés anishinabe était un enjeu important qui rend difficile la gestion du cheptel de La Vérendrye. «Nous avançons le chiffre de 267 orignaux sur la base de connaissances scientifiques étoffées, telles que le taux d’accroissement annuel des populations vivant et évoluant dans des conditions environnementales similaires et du taux de recrutement mesuré lors de l’inventaire de 2020», a expliqué le MFFP.

Quant aux arguments du Conseil tribal comme quoi l’exploitation forestière pourrait nuire à l’habitat de l’orignal dans la réserve faunique, le Ministère soutient que les recherches effectuées au Québec et dans plusieurs autres pays nordiques indiqueraient plutôt le contraire. «Les connaissances acquises sur l’orignal démontrent que – à l’instar du cerf de Virginie, mais contrairement au caribou forestier – il s’agirait d’une espèce favorisée par le rajeunissement de la forêt induit par l’exploitation forestière», a signalé le MFFP.

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