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10 juin 2021

Dominic Chamberland - dchamberland@lexismedia.ca

Richard Kistabish: «Soyons calmes et réfléchissons d’abord»

Doit-on fouiller les sites des anciens pensionnats dans la foulée de Kamloops?

Pensionnat St-Marc

©Photo: Gracieuseté

Le monument se trouvant sur le site de l'ancien pensionnat autochtone de St-Marc-de-Figuery, près d'Amos.

S’ils sont plusieurs à réclamer que ça se fasse au plus vite, le leader autochtone Richard Kistabish estime que l’on devrait tous prendre le temps de se calmer avant d’aller fouiller les sites des anciens pensionnats indiens au Québec.

Lui-même survivant de l’ancien pensionnat de St-Marc-de-Figuery, près d’Amos, l’homme originaire de la communauté algonquine de Pikogan a été très ébranlé par la récente découverte des ossements de 215 enfants dans une fosse commune, sur le site d’un ancien pensionnat à Kamloops. «C’est venu me chercher, ça m’a blessé, ç’a déclenché en moi quelque chose que j’essaie de me débarrasser depuis longtemps. Je commence à retrouver mon respire depuis quelques heures…, mentionnait-il lors d'une entrevue réalisée la semaine dernière.

«Maintenant, il faut prendre ça d’un autre angle. La force de l’esprit de ces 215 enfants a réussi à se manifester par ce geste ultime. Il y a probablement d’autres sites comme ça, mais on est tous trop bouleversés actuellement pour être capables de voir au-delà. Il faut passer par-dessus notre première réaction et arrêter de s’énerver pour plutôt essayer de comprendre ce qui s’est passé. Soyons calmes et réfléchissons d’abord : qu’est-ce que ça veut dire et qu’est-ce qu’on fait avec ça? Il faut commencer à réparer ça en restaurant notre image», propose M. Kistabish qui, comme on l’a souligné cet hiver, fait partie d’un groupe de travail de l’ONU pour la revitalisation et la promotion des langues autochtones.

Près des églises?

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Mais si les autorités décident d’effectuer des fouilles au Québec, Richard Kistabish leur suggère d’aller voir non loin des églises. «Il faudrait aller au-delà des sites de pensionnats. À une certaine époque, des gens racontaient avoir déterré des os dans des cours d’église. Un prêtre qui les avait surpris disait que c’étaient des os d’animaux, mais ce n’était pas le cas, relate-t-il.

«C’est pas mal sûr qu’il y en a au Québec et dans la région, mais je ne sais pas où exactement. On doit écouter les histoires des survivants. Les Oblats (les religieux qui étaient en charge des pensionnats autochtones) possèdent des archives, mais ils ne veulent pas qu’on y accède. Comment peut-on cacher des choses comme ça?», se demande l’ancien chef de Pikogan et l’ex-Grand Chef du Conseil algonquin du Québec.

Du pareil au même

Fosses communes ou non, St-Marc-de-Figuery et Kamloops, malgré les milliers de kilomètres qui les séparent, c’est du pareil au même pour M. Kistabish : ces pensionnats visaient à tuer la culture autochtone. «C’est la même attitude qui a généré ces pensionnats. Ce régime était tellement secret pour le monde entier. Le pensionnat de St-Marc se trouvait à 30 minutes à peine de Val-d’Or, et pourtant, personne ici ne savait que ça existait, signale-t-il.

«C’est assez incroyable que des représentants de Dieu aient fait des choses semblables pour éliminer les autochtones, avec la complicité des gouvernements. Quand on a commencé à en parler, il y a 40 ans, personne ne nous croyait. Ces histoires-là reviennent tout le temps et ça confirme les choses horribles qu’on a subies», ajoute M. Kistabish en faisant référence aux abus de toutes sortes vécus par les jeunes dans ces pensionnats.

Par l’éducation

Selon Richard Kistabish, la guérison de tout ça passe par l’éducation et l’écoute. «Il faut éduquer la population en général (autochtone et allochtone) et trouver une façon de pénétrer dans l’esprit des gens. Mais pour ça, on doit nous écouter, fait-il remarquer.

«On a essayé toutes sortes de choses et il y a eu des commissions, comme celle sur les femmes disparues, mais les rapports se sont tous retrouvés dans les tablettes, sur la même étagère…, raconte l’Abitibien. Il y a trois ou quatre ans, on a produit avec des pédagogues un document (sur l’histoire autochtone) comme outil à être enseigné dans les écoles. J’en ai laissé une copie à la polyvalente Le Carrefour de Val-d’Or, mais je ne sais pas si c’est utilisé. J’avais aussi remis ce document à la ministre de l’Éducation Michelle Courchesne, à l’époque du gouvernement libéral, mais elle l’a probablement jeté à la poubelle en sortant de la salle de conférence!»

 

«LE GRAND CHEF (FRANÇOIS LEGAULT) EST PATHÉTIQUE!»

Richard Kistabish n’a pas la langue dans sa poche, c’est le cas de le dire, et il n’est pas trop impressionné par l’attitude du premier ministre François Legault, qu’il appelle le grand chef. «Il dit qu’il n’y a pas de discrimination systémique au Québec, ça fait que tout le monde le dit. C’est une vraie farce, cette enquête à Joliette; le grand chef va encore dire la même chose, soutient M. Kistabish.

"Les autochtones ont toujours eu une relation de guerre avec la police et la cerise sur le sundae a été la nomination d’un policier (Ian Lafrenière) comme ministre des Affaires autochtones. Ça montre comment le grand chef est déplogué de la réalité et ignorant de notre histoire. Il ne connaît rien et cache son ignorance en mettant des signes de piastres. Il est pathétique! Je me fous des millions $, cet argent nous revenait de toute façon. Ce que je veux voir, c’est le gouvernement changer d’attitude», défile-t-il.

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