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21 juillet 2021

Jessica Gélinas - jgelinas@lexismedia.ca

Pénurie de main-d’œuvre : des impacts à l’école

La formation collégiale en soins infirmiers reçoit les contrecoups

Pénurie infirmières Cégep

©Photo Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue

«Au Québec, on est une des régions pour qui le DEC-BAC en soins infirmiers est le plus populaire», a fait valoir l’infirmière Nathalie Brassard, coordonnatrice du Département en soins infirmiers du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue.

La pénurie de main-d’œuvre en soins infirmiers entraîne de multiples conséquences dans le réseau de la santé. Les contrecoups de cette crise font également écho au sein de la formation collégiale des futures infirmières.

Les compressions budgétaires des dernières années ont eu un impact marqué sur les inscriptions au DEC en soins infirmiers. «Pendant le règne de Gaétan Barette comme ministre de la Santé, il y a eu une diminution importante de nos demandes d’admission en soins infirmiers et ce n’est pas seulement en Abitibi-Témiscamingue, c’est partout au Québec», a affirmé le directeur général du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, Sylvain Blais. 

Depuis deux ou trois ans, le collège a enregistré une légère augmentation par rapport à son plus bas taux d’inscription. Il n’a cependant pas atteint la vitesse de croisière qu’il avait en 2011 ou en 2012. 

«Ça fait partie de la situation critique dans laquelle le CISSSAT se retrouve aujourd’hui. Ça prend quand même entre trois et cinq ans avant qu’un étudiant termine sa formation, alors on voit qu’il y en a de moins en moins qui arrivent sur le marché du travail. Il n’y a pas de pensée magique. On a un gouvernement qui veut toujours aller plus rapidement, mais un moment donné, l’absorption et le développement de compétences ça prend un certain temps», a fait valoir M. Blais. 

Fort taux d’abandon et mauvaise presse 

Selon lui, de 30 % à 40 % d’étudiants mettraient un terme à leur formation en soins infirmiers après la première ou la deuxième session. «Tous les programmes techniques sont difficiles, mais je vais vous dire que le programme en soins infirmiers en est un particulièrement difficile, a-t-il mentionné. Nos enseignants et enseignantes, avec raison, exigent une rigueur sans failles, car c’est la vie des patients qui est en jeu. L’erreur n’est pas permise, car elle peut être fatale.» 

De plus, la mauvaise presse des conditions de travail dans le milieu des soins infirmiers amène son lot de préoccupations au sein du Cégep. «Je ne dis pas qu’il ne faut pas parler des difficultés que vit le réseau de la santé et je ne veux surtout pas taire les revendications des infirmiers et infirmières. Mais cela amène nécessairement une préoccupation en lien avec la capacité du secteur collégial d’attirer des étudiants dans ce domaine», a expliqué Sylvain Blais. 

Difficultés à recruter des profs 

Le manque d’infirmières dans le réseau de la santé n’entraîne pas que des impacts négatifs sur l’offre de services aux patients. Il complique aussi le recrutement d’enseignants. Enseignante depuis 1994 et actuelle coordonnatrice du Département de soins infirmiers au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, Nathalie Brassard, qui œuvre en tant qu’infirmière à la Maison de l’Envol, est bien au fait de cette situation. 

«Pour venir enseigner en soins infirmiers, les professeurs doivent être d’abord et avant tout infirmières, a-t-elle relaté. C’est difficile de recruter, parce que les milieux en santé ne peuvent pas nécessairement libérer d’infirmières pour venir enseigner. Souvent, les infirmières doivent faire face à un choix : démissionner de leur poste au centre hospitalier pour venir enseigner ou ne pas transmettre leurs connaissances. Pour certaines, c’est ce qu’elles veulent, tandis que d’autres veulent venir voir si elles aiment ça avant de démissionner. Ça les met dans des situations très inconfortables.» 

Plusieurs infirmières vont alors opter pour l’enseignement à temps partiel pour continuer de travailler en milieu hospitalier. «Enseigner, ce n’est pas juste faire un quart de travail de huit heures. Il y a toute la préparation, la prestation et la correction qui vient avec. C’est une très grande responsabilité», a fait remarquer Mme Brassard. 

«Comme on a de la difficulté à recruter, un peu comme dans le réseau de la santé, nos infirmières s’épuisent, trouvent la tâche de moins en moins intéressante, moins attirante, a enchaîné Sylvain Blais. Heureusement qu’on a affaire à des personnes qui sont professionnelles jusqu’au bout des doigts. Elles vont faire le bout de plus pour y arriver, tout le temps.» 

Un DEC accéléré en soins infirmiers

Afin de répondre à la crise de la pénurie de main-d’œuvre dans le domaine de la santé dans la région, le Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue a récemment mis sur pied un DEC accéléré en soins infirmiers. Cette nouvelle formation dure de 19 à 22 mois. 

Ce programme s’adresse à toute personne détentrice d’un diplôme collégial, peu importe la discipline, qui souhaite suivre une formation en soins infirmiers pour venir porter main-forte au réseau régional de la santé. 

«C’est une formule qui est peu promue au Québec à l’heure actuelle, a indiqué le directeur général du Cégep, Sylvain Blais. Avec le CISSSAT, on pense qu’on a peut-être là une opportunité de pouvoir attirer des gens qui viennent de la région, mais on sait que si on vise seulement notre bassin local on n’arrivera pas à combler tous les besoins. Donc, on pense qu’avec cette offre, il y aura une réponse suprarégionale, donc nationale.» 

700 heures de moins 

Le programme accéléré contient les mêmes cours que le DEC en soins infirmiers, mais sans les 700 heures de formation générale qui auront été préalablement complétées dans une formation collégiale antérieure. 

«De cette manière, on utilise tout le temps disponible de l’étudiant pour accélérer sa formation et ainsi atteindre le marché du travail le plus rapidement possible. Il y aura des cours à distance et sur place. Nous sommes en train de finaliser la formule pour s’assurer de diminuer l’effort de nos enseignantes parce qu’on n’en a pas tant que ça et on ne veut pas les épuiser, a expliqué M. Blais. Nous pensons être en mesure de débuter la formation dès janvier. Il y a déjà des gens qui ont soumis leur candidature.» 

Seules les candidatures des gens qui souhaitent relever le défi en soins infirmiers en Abitibi-Témiscamingue seront retenues, ce qui permettra de garder la main-d’œuvre en région. Des bourses seront également offertes à certains étudiants. À la suite de la formation, l’étudiant diplômé sera titulaire d’un DEC en soins infirmiers, tandis qu’un emploi au sein du CISSSAT lui sera assuré. 

Autre son de cloche à l’UQAT

Si l’enseignement des soins infirmiers au niveau collégial bat de l’aile en ce moment en raison de la pénurie de main-d’œuvre, ce ne serait pas vraiment le cas au niveau de la formation universitaire. 

«On a une équipe de professeurs bien établie ainsi qu’un fidèle bassin de chargés de cours, alors on ne manque pas d’enseignants, a signalé Nancy Julien, directrice de l’Unité d’enseignement et de recherche en sciences de la santé à l’UQAT. En ce qui concerne les étudiants, les admissions sont stables depuis plusieurs années. Au campus de Val-d’Or, ça varie légèrement, mais depuis 2017, on accueille en moyenne une trentaine d’étudiants à Rouyn-Noranda et une vingtaine à Val-d’Or.» 

Horaire flexible et cours à distance 

Cette réalité s’expliquerait, entre autres, par la flexibilité qu’offre le programme universitaire en sciences infirmières. Ceci a pour effet de répondre aux besoins de sa clientèle, qui travaille déjà dans le réseau de la santé. 

«Depuis longtemps, l’UQAT aménage des conditions qui facilitent la conciliation travail-étude-famille, a mentionné Mme Julien. Quand elles terminent le cégep, nos étudiantes ont envie de mettre l’épaule à la roue et elles savent justement qu’il manque de personnel. C’est donc important pour elles de pouvoir étudier à temps partiel.» 

La formation à distance, qui concerne la majorité des cours, donne aussi un bon coup de pouce. «Cela permet aux étudiantes de travailler et de suivre leurs cours le soir et la fin de semaine. C’est extrêmement apprécié, car ça offre beaucoup de flexibilité. Pour les stages, c’est moins évident puisque nos partenaires ont besoin d’infirmières pour accueillir nos étudiantes et que leur propre personnel a déjà de la broue dans le toupet. Cependant, en Abitibi-Témiscamingue, on a toujours réussi à placer nos étudiantes en stage, car le CISSSAT en fait une priorité», a indiqué Nancy Julien. 

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